Archives de l’auteur : Ghyslain Julien

Aimer l’automne. Apprendre de chaque saison

Autrefois j’aimais le début de l‘automne avec ses magnifiques couleurs, ce que j’apprécie d’ailleurs plus que jamais. Je n’aimais pas la suite de l’automne avec ses arbres dépouillés. J’attendais que ce temps passe et qu’arrive la neige. J’aime toujours cette blancheur de la neige quand elle arrive.

Toutefois, j’ai appris à aimer ce deuxième temps de l’automne qui m’enseigne et me rappelle l’essentiel. Oui, bien sûr, j’ai beaucoup apprécié les beaux érables, rassemblés au milieu de mon terrain. Maintenant ils sont dépouillés. Ils ne sont plus habillés de couleurs.

Quand je regarde maintenant les arbres dépouillés, bien enracinés en profondeur dans le sol, toujours pleinement vivants, nous montrant le dépoilement de leurs branches vers le ciel et s’étendant en largeur, comme s’ils voulaient tendre la main aux autres, je les aime. Voilà, me dis-je, ce que je veux vivre et ce dont j’ai l’expérience : ma vie bien enracinée en mon identité propre, unique, que j’ai conscientisée peu à peu et de plus en plus, et toute cette vie intérieure où je me sens habité de cette Source avec qui je suis en relation et qui me renouvelle sans cesse.

Ah, il est vrai, comme ces arbres, je n’ai plus l’apparence du jeune homme que j’ai été. Je n’ai plus la peau lisse de mes jeunes années, mais la vie rayonne davantage de mes yeux et de mon sourire. Je dis, j’affirme, qu’une année de ma vie maintenant en vaut dix d’autrefois où j’avais de la difficulté à être bien avec moi-même. En vivant cela ainsi, il me semble qu’il m’en reste beaucoup à vivre.

Vieillir, c’est perdre des capacités dans différents domaines, c’est être dépouillé peu à peu, mais jamais de l’essentiel si on y est bien enraciné. J’ai eu la chance d’être obligé de cheminer, car je n’arrivais plus à vivre. J’en suis reconnaissant aujourd’hui. Ce ne fut pas toujours un chemin facile, mais combien important. Je goûte chaque instant… quand je ne suis pas trop à course… J’ai encore à apprendre et j’aime me mettre à l’écoute de la nature dont je suis, dont nous sommes.

Je suis bien conscient que j’aurai à vivre un dépouillement physique progressif, mais je n’en suis pas inquiet. Je vis aujourd’hui, confiant que tout me sera donné pour enrichir et enraciner encore davantage cette vie intérieure qui fait qu’elle goûte bon et la partager. Je sens que ma vie est toute tournée vers en avant.

Bonne route vers le bonheur à chacune, à chacun !

Note : Je devais vous envoyer un article de mon blogue chaque premier samedi du mois. Ce premier samedi est arrivé rapidement en octobre, le 1er jour du mois, et je n’avais pas encore écrit mon article. J’ai donc décidé d’attendre au premier samedi de novembre. Maintenant que ce dernier est écrit, j’ai pensé qu’il serait bon que je vous l’envoie aussitôt que possible pour que vous ne pensiez pas que j’ai abandonné cet envoi. Ce sera donc mon article ‘octobre et novembre’.

 Ghyslain Julien

Connais-tu la souffrance de l’autre ?

J’ai souvent entendu des personnes dire à quelqu’un : « Ouvre ton cœur. » C’est si facile à dire. Connais-tu sa souffrance ? C’est la question que je me pose maintenant que je connais davantage l’être humain. Je sais maintenant que bien des gens sont incapables d’ouvrir leur cœur. Ils ont trop mal. Ils ont été obligés de se durcir, ce qui s’est fait même à leur insu pour ne pas être terrassés par la douleur. Parfois il a fallu qu’ils se réfugient dans leur tête. Ils ont étouffé leur sensibilité. Et ils étouffent dans leur vie. Puis, ils fuient comme ils peuvent, parfois dans l’action, telle cette personne qui me disait : « Quand j’ai trop mal, je fais le grand ménage. » Pourquoi tant de gens fuient le silence, ont tant besoin de bruit ? Pour ne pas être avec eux-mêmes. C’est trop vide ou trop douloureux. Quelqu’un me disait : « Plus rien ne me fait rien. » Cette personne était morte à l’intérieur et ce n’était pas de sa faute.

On peut être porté à juger des personnes, à en trouver certaines insensibles, comme si elles avaient fait exprès pour durcir leur cœur. Sommes-nous conscients de la souffrance qu’il y a derrière cette insensibilité, parfois apparente ? J’ai connu une mère qui a perdu sa fille dans un accident. Elle n’a pas versé une larme. Comment l’a-t-on jugée ?… Elle m’a partagé que lorsqu’elle visionnait un film où un parent perdait son enfant, elle pleurait à gros sanglots. Elle était incapable de pleurer sa fille en direct. La douleur était trop intense.

Que faire alors ? Voir au-delà de ce qui est apparent. Découvrir le cœur de l’autre. Au profond de toute personne, il y a du beau. Quand on est attentif, on peut reconnaitre des traits de la personnalité de l’autre que lui-même ne connait pas. Il peut être bon, même important, de les lui refléter. Surtout, l’accueillir dans son mal lorsqu’il est prêt à se livrer. Ouvrir son cœur à soi, si on le peut. Et si cela nous perturbe, c’est que nous sommes éveillés dans notre propre mal. Plutôt que de traiter  la personne de « mangeuse d’énergie », comme on l’entend souvent, savoir alors se faire aider soi-même. L’autre devient alors chemin de transformation pour soi.

Si personnellement je n’avais pas été accueilli dans tant de peine, d’abord inconsciente et tant refoulée, mon cœur n’aurait pas débloqué. Si je n’avais pas rencontré des personnes qui ont cru en moi plus que moi, pour avancer et faire confiance en mes propres intuitions, je n’aurais pas pu devenir ce que je suis et réaliser ce que je portais au profond de moi. Mon cœur étant plus libre, je suis devenu de plus en plus capable de suivre mon chemin et d’aimer d’amour gratuit. Pour y arriver, le seul chemin est de grandir soi-même, devenir de plus en plus libre intérieurement, devenir capable d’aimer gratuitement. Pour cela, nous avons besoin d’un chemin balisé et d’aide personnelle compétente. La formation PRH a été pour moi ce chemin.

Ghyslain Julien

 

 

La liberté comme valeur première ? À quel prix parfois ?

La liberté de conscience est une valeur fondamentale qu’il est nécessaire de préserver. La liberté de choisir, d’avoir ses propres valeurs, et de suivre son chemin à soi, unique. La liberté de choisir sa religion ou de n’adhérer à aucune religion.

Dans notre monde occidental, la liberté semble avoir une valeur au-dessus de toutes les autres. D’accord, on n’a pas le droit de tuer, de voler, de pénétrer dans la propriété de l’autre sans sa permission. Cependant on peut tout dire, même si cela peut être parfois une autre façon de tuer, d’écraser, d’anéantir l’autre. On veut à tout prix préserver cette liberté.

Heureusement, « le juge Scott Hughes du Tribunal des droits de la personne a déclaré que les propos de Mike Ward sur Jérémy Gabriel « avaient porté atteinte à son droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation. » Tiens, voilà une autre valeur qui peut être au-dessus de la liberté de dire n’importe quoi : la dignité de la personne humaine. Aujourd’hui beaucoup ont peur de perdre la liberté de dire n’importe quoi. On veut défendre ce droit et le mettre au-dessus de tout autre au risque de détruire des personnes. Ainsi le droit de posséder, s’il n’est pas accompagné de cette valeur qu’est le partage, tenant compte de la dignité de toute personne humaine, du droit de chacun d’avoir sa part, peut-il devenir très immoral et source de violences et de guerres.

Je dis OUI à la liberté de conscience, mais je dis en même temps que ce n’est pas la liberté de faire de tout ce dont on a envie. La liberté ne doit-elle pas être au service de l’amour, de la dignité de la personne humaine, de la justice, de la paix… ?

Cette liberté est pourtant si précieuse ! Dans le monde religieux, on insiste très peu sur la référence à la conscience. Pourquoi ? Serait-ce par peur qu’on fasse n’importe quoi au nom de la conscience ? Ne faut-il pas plutôt éduquer à l’écoute de la conscience, la conscience profonde qui diffère des autres voix en soi. Ces voix peuvent venir de ce qui se fait dans son milieu ou de ce qui ne se fait pas et conduire à dire : « Tout le monde le fait, je ne suis pas pire que les autres ». Elles peuvent également venir du « devoir avant tout », de principes rigides, d’une recherche tendue de perfection, plutôt que d’être à l’écoute de ce qui est bon pour soi en ce moment, en tenant compte, bien sûr, des autres et des circonstances dans lesquelles on vit.

Pourtant, chez les catholiques, entre autres, on peut trouver une déclaration sur la dignité fondamentale de la conscience, faite au Concile Vatican II : « La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ». Pourquoi parle-t-on si peu de cette priorité de la conscience ? C’est bien plus facile de dire ce qu’il faut faire… Est-ce ainsi qu’une personne se développe, grandit, devient responsable ?

Où apprend-t-on le discernement en profondeur ? Je ne sais pas tous les lieux où on peut l’enseigner. Je sais qu’Ignace de Loyola avait une méthode pour aider à discerner. Personnellement j’ai appris à être fidèle à ma conscience, non pas à la faculté de théologie, mais dans un organisme de formation non-religieux, mais très humaniste, Formation PRH. Cette fidélité à ma conscience est un des outils que j’y ai découvert, qui m’a rendu les plus grands services dans ma vie. C’est cette fidélité à ma conscience qui m’a permis de suivre ma route à moi, ma mission personnelle, et d’avancer toujours plus loin dans le sens de ma vie. La vraie liberté, selon moi, est celle qui permet, à chacun et chacune, de suivre son chemin unique et de réaliser pleinement ce qu’il porte au fond du cœur.

La vie spirituelle, une Aventure passionnante / La différence entre une vie religieuse et une vie spirituelle

Le mot religion vient de « relié », c’est à dire relié à Dieu, en lien avec Lui. Pourtant on peut vivre une vie religieuse qui en soit une d’observance, de devoirs à accomplir, sans vivre une…

Source : La vie spirituelle, une Aventure passionnante / La différence entre une vie religieuse et une vie spirituelle

La vie spirituelle, une Aventure passionnante / La différence entre une vie religieuse et une vie spirituelle

Le mot religion vient de « relié », c’est à dire relié à Dieu, en lien avec Lui. Pourtant on peut vivre une vie religieuse qui en soit une d’observance, de devoirs à accomplir, sans vivre une véritable relation à Dieu.

En même temps, il faut reconnaitre que c’est à travers les grandes religions que des spiritualités se sont développées par l’expérience des mystiques. Le mot « mystique » fait peut-être peur. Un mystique, ce n’est pas quelqu’un qui vit des phénomènes extraordinaires. C’est simplement quelqu’un qui témoigne vivre une expérience de communion avec la Source de tout ce qui existe.

Le danger de la religion, c’est l’exécution de rites, c’est l’habitude où la vie ne passe plus, où le devoir prime sur l’intériorité. La spiritualité appelle la vie, l’expérience qui fait vivre. On peut croire ce qu’on nous a enseigné sans que cela transforme notre vie. Au contraire, on peut expérimenter une Vie qui nous transforme, qui nous apporte un bonheur profond, qui donne sens à notre vie.

Pourtant l’être humain a besoin de rites. Ne pensons qu’aux grands évènements qui peuvent nous marquer positivement s’ils sont vécus ainsi, avec le cœur, comme un mariage, des funérailles, etc. S’ils sont vécus à partir du cœur, ils peuvent être très pleins de vie, à condition, je crois, d’être vécus dans une certaine liberté pour ne pas être étouffés par le devoir de bien exécuter ce qu’on doit faire ou par l’habitude qui peut devenir sans âme.

Un témoin qui vient de nous quitter, le Père Benoit Lacroix, a marqué positivement tant de gens, parmi lesquels beaucoup d’artistes, à travers des célébrations où son cœur passait. Nous avons besoin de nous retrouver avec d’autres pour célébrer et partager. La vie spirituelle en solitude pourrait nous refermer sur nous-mêmes, alors qu’une vraie vie spirituelle ne peut supporter cela. Au contraire, celle-ci ouvre sur les autres, sur le monde, sur la beauté reconnue partout : dans la nature, dans les personnes, dans les œuvres d’art.

La vie spirituelle est une véritable Aventure où l’étonnement, face à la grandeur que nous éprouvons intérieurement, nous saisit. Une communion à une Présence intérieure, communion qui est toujours nouvelle, peut s’établir.  Alors, la vie a du goût. Le sentiment de solitude diminue de plus en plus, jusqu’à disparaître. On ne se sent plus seul.

Il existe un chemin pour vivre de plus en plus cette expérience. C’est ce chemin que le Centre Le Soleil Levant a comme mission de faire expérimenter par le biais de la formation Une spiritualité pour notre temps. Bienvenue à tous et à toutes !

Me décentrer de moi ou me centrer en moi

J’ai toujours été frappé par une certaine opposition entre les spirituels de différentes origines et les psychologues. Je lis souvent chez les spirituels la nécessité de se « décentrer de soi », et même de « se déposséder de soi ». Par ailleurs, ceux qui sont dans le domaine de la psychologie insistent souvent sur l’importance « de penser à soi », de « ne pas s’oublier ». Qui a raison ? Pour bien comprendre, il est nécessaire d’être conscient de quel « moi » il s’agit lorsqu’on parle ainsi.

 J’aimerais dire d’abord mon accord avec ceux et celles qui sont dans le domaine de la psychologie et qui reçoivent des gens qui se sont donnés jusqu’à oublier de tenir compte de leurs forces et qui vivent un épuisement complet. Ils insistent, avec ces personnes, sur l’importance de tenir compte d’elles-mêmes, de penser à elles. De même, lorsqu’ils accueillent des personnes, qui, sans s’en rendre compte, par besoin d’être reconnues, oublient ceux et celles dont ils ont la responsabilité, en se donnant là où ils obtiennent cette reconnaissance dont ils ont tant besoin.

Je comprends aussi les spirituels qui insistent sur « se décentrer de soi », voyant cette tendance que nous pouvons tous vivre, de tout ramener à soi, de ne penser qu’à soi sans tenir compte des autres, d’avoir besoin d’occuper beaucoup de place, parfois toute la place. C’est pour éviter cela que j’ai d’abord appris à être disponible à ce qu’on me demandait pour ne pas être centré sur moi. Le résultat : ma vie était dispersée. Je n’étais pas centré en moi. Je ne donnais pas mon fruit. Ma vie n’était pas faite de docilité à des appels intérieurs, ni à plus grand que moi en moi. Le Souffle ne guidait pas ma vie.

Ce qui manque derrière cette divergence, à mon avis, c’est d’être au clair sur les différents « moi » dans la personne.

–        Il y a le « moi égocentrique » qui se situe au niveau de la sensibilité et se vit à partir de ses seuls besoins ou même des seuls besoins de ses proches. L’égocentrisme peut se vivre également au niveau cérébral dans des projets centrés sur sa réussite personnelle, parfois au détriment des autres.

–        Il y a le « moi profond », l’être profond, fait des multiples richesses dont la personne est constituée. Ce lieu dans la personne est fait de bonté, d’amour gratuit, de compassion, de générosité, et n’est pas « égocentré ». C’est située en ce lieu, au coeur d’elle-même que la personne peut se donner à partir de ses dons personnels. Ainsi, elle peut se réaliser en apportant au monde le don qu’elle porte dans son unicité.

Pour arriver à vivre selon le moi profond, ce qui est premier et fondamental, c’est la connaissance de soi. C’est en apprenant à se connaître dans sa personnalité unique que les engagements que l’on prend, deviendront progressivement fidélité à ce pour quoi on est fait.

Les grands sages et certains grands spirituels ont insisté d’abord sur ce fondement : « Connais-toi toi-même » (Socrate). « La connaissance de soi est le pain avec lequel on mange tous les autres mets dans la vie spirituelle. » (Thérèse d’Avila)

Reconnaître ses mouvements égocentriques est essentiel pour se décentrer de ce qu’on a l’habitude d’appeler son ego. Combien de fois, on entend parler du gros ego des autres ! Cependant, reconnaître son être profond, rejoindre ce lieu en soi, apprend à vivre à partir de ce lieu, tout en tenant compte de tout soi, est encore plus essentiel, car c’est le seul vrai moyen d’arriver à se décentrer du moi égocentrique.

Je termine par cet extrait d’un texte d’Yves Girard :

« Tu t’éloignes définitivement de toi (le moi égocentrique) non en sortant vers les autres, mais en descendant en toi (le moi profond). Tu vas vers les autres non en sortant de chez toi, mais en gagnant tes profondeurs… L’unique porte pour sortir définitivement de toi (le moi égocentrique) est cachée au fond de ton être et elle ouvre, là, sur l’infini de Dieu ». Lève-toi et resplendis p. 70

Le chemin de plus grand que moi en moi

Dernièrement, alors que j’accompagnais une personne en relation d’aide, je touchais à une dimension de moi que je ressentais comme un Absolu : mon Respect envers la personne que j’aidais. J’ai toujours été conscient que le respect était en moi une grande valeur. Je n’ai jamais voulu changer une personne, l’amener vers ce que moi, je crois. J’ai toujours voulu aider la personne à avancer dans son chemin. Cette fois-ci, ça allait plus loin : j’ai senti que le respect de l’autre est un inconditionnel en moi, une dimension de moi qui est plus grande que moi, un Absolu pour moi : j’ai senti que rien ne pouvait me faire dévier de ce respect. C’est ce qu’on appelle une expérience de transcendance.

Chacun, chacune de nous, peut vivre cette expérience. Parfois, souvent même selon ce que j’entends, les personnes peuvent être inconscientes de ce qu’elles vivent. Par exemple, cette expérience peut se vivre par rapport à la Compassion. Quelqu’un peut ressentir que cette dimension le dépasse, l’entraine à se donner, même parfois, à donner sa vie pour sortir des personnes de leur misère. Cela peut se vivre pour la Protection de la nature. Quelque chose se soulève dans la personne et l’entraine au-delà de ce qu’elle pouvait s’y attendre. Parfois la personne peut se sentir impuissante, mais une passion est là en elle, tellement que lorsqu’elle en parle, le ton change : quelque chose de plus fort qu’elle-même est éveillé. D’autres personnes sont passionnées pour la Personne humaine et sa Croissance et croient au devenir des personnes au-delà de tout. Elles s’engageant alors à aider ou à collaborer à cette transformation des êtres humains qu’elles peuvent rencontrer en profondeur. Pour d’autres, c’est l’Amour à répandre, la Beauté à faire apparaître, la Justice à faire valoir, la Paix à faire régner, même si ce qu’elles peuvent faire leur semble peu. 

Découvrir ainsi une dimension qui nous entraine plus loin que nous-mêmes, qui nous passionne, c’est découvrir le cœur de notre personnalité. C’est en ce lieu aussi que peut se vivre l’expérience d’une Présence, Source de tout ce qui est bon, de tout ce qui est bien, de tout ce qui est beau. C’est pourquoi il est si important de se connaître, de découvrir ce que l’on porte pour habiter ce lieu en soi où se trouve le sens de notre vie et de notre bonheur. C’est essentiellement ce que nous portons au Centre Le Soleil Levant : aider les personnes à vivre ces découvertes déterminantes.

L’amour défiguré… / La photo du lys illuminé a été prise par Hélène Roussy

Je réagis fortement quand on dit que l’amour, c’est une décision, que l’amour, ce n’est pas un sentiment, que l’amour se situe dans la volonté. Pourtant j’entends cela de la part de gens hautement diplômés.  

Si je dis à quelqu’un que je ne ressens rien pour lui, que j’ai pris la décision de l’aimer ou que je veux l’aimer, il pourrait réagir, avec raison, en me disant qu’il n’a rien à faire de cette « forme d’amour » ! À sa place, dans pareilles circonstances, j’aurais moi-même envie de répondre : « Aime quelqu’un d’autre, s’il te plait ! » 

Je comprends qu’on veut dire que l’amour vrai, profond, n’est pas une question de sensibilité d’abord, car ce serait alors très changeant et très fragile. D’ailleurs, dans ce cas, l’affection part davantage d’un attrait sensible et d’un besoin d’être aimé que d’un amour véritable. 

En général, personne n’est intéressé à un amour qui ne soit pas un jaillissement du cœur profond, à un ressenti de l’autre qui jaillit de ses entrailles.

Qu’est-ce donc qu’aimer, alors ? Aimer la nature, c’est s’émerveiller devant la beauté de la nature. C’est gratuit. Ce n’est pas « prendre pour soi ». Cela jaillit du cœur qui contemple ce qui est beau. Ainsi en est-il de l’amour vrai pour une personne. C’est quand on voit le cœur de l’autre dans sa beauté, qu’on regarde l’autre avec émerveillement, qu’on commence à l’aimer d’amour profond.

Vous pouvez d’ailleurs observer quand est-ce que vous vous sentez aimé pour vous-même… N’est-ce pas au moment où un regard est posé sur vous avec émerveillement ? N’est-ce pas au moment où quelqu’un vous reconnait en qui vous êtes ou que quelqu’un est touché par des traits de vous qu’il admire ? Cette personne vous voit alors au coeur de vous et une communion s’établit entre vous et elle.

Est-ce que la volonté a un rôle à jouer dans l’amour ? Oui. Son rôle, c’est de garder le regard sur la beauté de l’autre malgré ses faiblesses et ses limites. L’intelligence aussi a son rôle : celui de prendre conscience que certains comportements de l’autre viennent de son histoire, de ce qui l’a blessé, de ce qui l’a marqué. Pour cela, il est nécessaire d’écouter l’autre, d’entendre son histoire pour le comprendre. Alors on peut aimer l’autre malgré ses points faibles.

Il y a une façon de faire aussi que je n’apprécie pas beaucoup. C’est lorsque des personnes disent aux autres qu’ils les aiment, avant même de les connaître : « On vous aime », disent-ils.  Quelle valeur a ce soi-disant amour ? Bien sûr, mon cœur peut être ouvert à aimer l’autre, mais l’amour, lui, ne peut naître que par la découverte du cœur et de la beauté de l’autre.

Ensuite, on a à se poser la question: « Puis-je aimer vraiment l’autre si je ne m’aime pas moi-même, si je ne suis pas capable de m’émerveiller de ma propre beauté ? » Peut-être que c’est parfois possible. C’est toutefois quand je m’ouvre à ma propre beauté que je deviens capable de m’émerveiller davantage de la beauté de l’autre.

Pourquoi est-ce que je réagis ainsi à certaines façons de présenter l’amour ? Parce que l’amour, c’est sacré. C’est ce qu’il y a de plus noble, de plus précieux dans l’être humain. Il ne faut pas dire n’importe quoi à son sujet. Il importe de redonner à l’amour ses droits de noblesse.

Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la spiritualité ? C’est le cœur de la spiritualité ! La découverte de la Source d’Amour Pur en nous est reliée à l’expérience d’un amour vrai. Un nommé Jean a écrit dans une de ses lettres : « Celui qui aime connaît Dieu. Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu. Car Dieu est Amour. » (I Jean 4,7) C’est le chemin du cœur profond qui nous fait découvrir le Dieu qui n’est qu’Amour.

Se peut-il que le mot Dieu fasse réagir négativement certains parmi vous ? Je peux facilement le comprendre, puisque ce mot a tellement été défiguré. Alors je vous invite à choisir un autre mot qui vous parle de la Source de tout ce qui existe. Voici quelques exemples: « Le Vivant », « Beauté sans limite », « Bonté », etc.  Cherchez et trouvez le mot ou l’expression qui vous parle au cœur ! Augustin écrivait : « Beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai cherchée longtemps. Je te cherchais dehors alors que tu étais au-dedans. »

 Au prochain souper-causerie, le 9 avril 2016, je parlerai de cette dimension du bonheur, celle de vivre son cœur et d’apprendre à accueillir l’amour, la laisser entrer en soi. Pour plus d’information, visitez la page Facebook, « Centre Le Soleil Levant, Volet Une spiritualité pour notre temps. »

Bienvenue à tous et à toutes !

Ghyslain Julien

Une spiritualité qui intègre pleinement notre dimension humaine et veut la conduire à son accomplissement maximal

La dimension spirituelle est appelée à nous conduire plus loin dans le sens profond de notre vie, à nous entrainer au bout de nous-mêmes, à ce que la source intérieure, la source d’amour, de vie, de bonheur, puisse jaillir en nous.

 Une spiritualité qui ne s’enracine pas dans l’humain, dans son identité profonde, dans sa passion fondamentale, peut être une fuite. Elle peut déresponsabiliser, elle peut tendre à tout remettre à un Autre sans prendre sa vie en main. C’est ce qu’en connaissent bien des personnes qui s’éloignent de la spiritualité parce que c’est ce qu’ils entendent et ce dont ils sont témoins.

La spiritualité où je veux entrainer ceux et celles qui cherchent est ce qui me fait vivre de plus en plus qui je suis, qui m’appelle à me découvrir de plus en plus dans toute la beauté de mon être originel, à goûter la joie d’être qui je suis. Elle m’ouvre à plus grand que moi en moi, me permet d’être en relation avec la Source intérieure de tout ce qui existe, me conduit à expérimenter un amour reçu et offert qui me transforme.

Elle n’enlève pas les obstacles et les difficultés de la vie, mais m’ancre dans un lieu de paix malgré tout ce qui peut arriver, un lieu où je peux revenir. Cette spiritualité n’a rien de magique, mais m’établit dans un état de bonheur qui demeure malgré ce qui me peine. Elle ne me fait pas fuir mes responsabilités. Elle m’engage davantage dans ce que je sens intérieurement qui m’est demandé. Elle m’ouvre au monde et me met en communion avec la création entière et me fait entrer dans un sentiment d’être relié à tous les humains. Elle me conduit à m’engager selon mes possibilités pour un monde meilleur auquel je crois profondément.

Pour y avancer, il a fallu d’abord que je m’engage dans un chemin de connaissance de moi-même et de libération de mon être, si fondamental pour toute personne. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate est devenu pour moi l’évidence première d’un fondement essentiel à toute vie et, entre autres, à la vie spirituelle.

Dernièrement j’ai fait connaissance avec une grande spirituelle, femme très engagée, fondatrice d’un mouvement qui s’est répandu sur quelques continents, le mouvement Sève. Elle se nomme Marguerite Hoppenot. Quelle profondeur chez cette grande dame et quelle sagesse ! J’ai fait sa connaissance à travers ses écrits, car elle est décédée en mars 2011.

Voici quelques extraits de ses écrits qui m’ont grandement rejoint :

 « C’est mettre la charrue avant les bœufs que de vouloir éveiller profondément à la réalité de Dieu quelqu’un qui n’a pas commencé  à faire cette double conscience de lui-même et du monde. »

 « L’interrogation majeure au sujet de Dieu ne peut venir valablement qu’ensuite. Elle apportera alors une dimension nouvelle, illimitée à la prise de conscience de soi-même et du monde. Chacune entrainant l’autre, interrogeant l’autre… indissociablement liée l’une à l’autre. »

 « Il s’agit d’abord d’être soi-même et non un personnage, et donc d’entrer dans une recherche concernant l’humain en nous. Cela implique une sorte de fidélité, de loyauté, d’honnêteté fondamentale à notre être humain. »

 « Prenant appui sur mes réflexions antérieures, je rappelle que préalablement à « être vrai », il s’agit d’abord « d’être » tout court ; d’être un « existant » un être conscient. »

« Or, un nombre incalculable d’hommes sont des « inconscients », évadés d’eux-mêmes, évadés du monde. S’ils n’ont pas de vérité, c’est parce qu’ils n’ont pas conscience d’eux-mêmes, ni du monde, à plus forte raison de Dieu. »

 Spécifiquement pour les gens de foi chrétienne, elle ajoute 

« Du haut en bas de la société des chrétiens, peut-être doit-on s’interroger gravement sur cette question de l’authenticité humaine avant de se lancer d’emblée dans le spirituel, qui, faute de bases humaines vraies et solides, risque d’être du faux spirituel, une illusion spirituelle. »

Voilà une dimension fondamentale d’Une spiritualité pour notre temps dont je désire faire vivre l’expérience à travers des ateliers d’intériorité au Centre Le Soleil Levant à Sainte-Sophie.

Ghyslain Julien,Président du Centre Le Soleil Levant

Centre Le Soleil Levant 222, rue de l’Étoile, Sainte-Sophie, Québec, J5J 2M7 Tél.: 450 438-2220 / 1, lesoleillevant@bell.net